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21 janvier 2014

La leçon de Raj

Le soir de ma seule journée complète à Varanasi, j’ai fait ce que tout bon touriste doit faire : louer un bateau pendant une heure, vers le coucher du soleil, pour aller sur le Gange.

Un bateau à rames (avec rameur inclus) devrait coûter environ 100 roupies. J’ai accepté 200 roupies sans rechigner. Toutefois, le coucher du soleil n’a rien eu de merveilleux, le brouillard couvrant la ville jusqu’à ce que la pluie décide de tomber. Et ça n’avance pas vite à la rame. À l’hôtel, on me proposait un bateau à moteur pour 600 roupies.

Mon chauffeur était prénommé Raj. Il parlait un anglais approximatif.  Il était du type un peu ronchonneur, mais avec un bon cœur. J’ai retenu ses services pour une heure. Il a fallu cinq minutes pour qu’il scande des « God, help me ».  

Il était minuscule. Plus petit, plus menu que moi. Il ramait le plus fort qu’il pouvait, mais nous ne bougions pas beaucoup.

Après un temps, il me demande si je suis riche. Gne! Comme si quelqu’un allait répondre oui à cette question-là. Il m’a demandé pourquoi je n’étais pas riche. Et il m’a fait la leçon le Raj. « Tu crois que la richesse vient de l’argent? Moi je ne suis jamais allé à l’école. Je parle hindi, anglais, japonais, coréen et espagnol. Si j’étais allé à l’école, je n’aurais jamais rencontré les touristes qui m’ont appris ces langues. »

Raj racontait qu’il dormait dans sa barque. Qu’il faisait en moyenne 70 roupies par jour, parce que celui qu’il appelle son « propriétaire » garde la majorité de l’argent qu’il fait à conduire les barques. Il dit qu’il demande souvent à Dieu de prendre sa vie…

Et pendant qu’il me raconte tout ça, que la pluie tombe et qu’il pagaie à contre-courant, le cadavre d’un bébé flotte à la surface du Gange et est entraîné le long de notre embarcation par le fleuve qui va son chemin.

L’Inde est un pays qui développe la paranoïa. Il y a toutes les chances que Raj répète la même histoire à tous les touristes pour les attendrir.  Mais le contexte fait quand même réfléchir.

18 janvier 2014

Les rituels de Varanasi

Sans savoir que mes plans allaient changer, gracieuseté de l’agence de voyage, j’ai pris tout mon temps pour explorer Varanasi en cette première de deux journées en ville. Malheureusement, les horaires de train ayant changé, je découvrirais que cette simple exploration serait la seule expérience que j’aurais de Varanasi.

Bonne nouvelle toutefois, au lieu de visiter des lieux secondaires, je me suis aventuré sur les ghats, en bordure du Gange. J’ai abouti directement au plus important de tous, celui où plus de 300 crémations sont organisées chaque jour. Il y a des piles de bois partout.

Encore, être Blanc garantit qu’on se fera harceler. Un Indien qui parle français m’assure qu’il ne me demandera pas d’argent pour me raconter l’histoire de cet endroit. On voit des gens qui vont prendre leur bain sacré dans le Gange. D’autres qui montent à bord d’un bateau pour aller lancer les cendres d’un défunt en plein milieu du fleuve.

Le plus intéressant est la crémation elle-même. Fumée en quantité industrielle. Poumons emboucanés assurément.

13 janvier 2014

Premier contact avec Varanasi

À la gare de Mughai Sarai, où je suis descendu, mes amis indiens étaient bien déçus de me voir partir. Il a d’ailleurs fallu qu’ils m’aident pour savoir où descendre, parce que ce n’est nullement annoncé. Quand on connaît l’heure d’arrivée, on peut être vigilant. Mais quand le retard est énorme, difficile de trouver ses repères.

Les adieux sont toujours déchirants. Mais ils ne se déroulent jamais dans le calme. Un Blanc? Tous les chauffeurs de taxi, de rickshaw, de n’importe quoi viennent nous importuner. Heureusement, mes amis pouvaient leur répondre d’aller voir ailleurs…

Pour parcourir les 28 km qui me séparaient de mon hôtel, il aura fallu plus d’une heure. Moi qui devais arriver en matinée, je découvrais la route vers Varanasi au soleil couchant.

Il y a la congestion, les autobus, les vélos, les rickshaws qu’il faut contourner en klaxonnant toujours le plus possible. Et ensuite s’aventurer dans des ruelles terreuses qui mettent à l’épreuve n’importe quelle suspension.

Bon à savoir : si l’hôtel dispose de l’eau chaude, il faut généralement le demander à l’accueil pour que quelqu’un mette le chauffe-eau en activités.

Varanasi est un enchevêtrement de ruelles, un labyrinthe où même certains habitants peuvent être confus à l’occasion. À l’hôtel, on me dirige vers un restaurant qui appartient au même propriétaire en me donnant un plan tracé à la main. Ce qui, sur le plan, est dessiné comme une rue principale peut très bien être une allée boueuse. Faut deviner. S’égarer fait aussi partie du plaisir, remarquez.

Après maintes confusions, je trouve le fameux restaurant, où on trouve de tout sur le menu. Reste que si on demande quelque chose en particulier, il faut s’attendre à « don’t have ». C’est de même.


En soirée, passé 22 h, on éteint les lumières un peu partout en ville. Retrouver son chemin dans le labyrinthe, dans la plus pure obscurité… bonne chance! J’y suis à tout le moins parvenu.

Le train pour de nouveaux amis indiens


Une nuit dans le train c’est… l’inattendu. J’ai trouvé ma couchette, dans un compartiment qui en compte techniquement huit. Il y en a deux superposées contre un mur, qui font la largeur du compartiment. Puis, il y a un couloir. Perpendiculairement, il y a trois couchettes superposées de chaque côté du compartiment. La mienne est… dans le milieu.

Rapidement, trois jeunes Indiens s’approchent. « Where are you from? » demande le premier. Immédiatement, le deuxième demande si je suis sur Facebook en me tendant son téléphone pour que je tape mon nom. Et il m’ajoute derechef.

Ils posent plein de questions, les Indiens, en pratiquant leur anglais. L’un d’entre eux, un joueur de cricket, m’explique les règles de son sport… à l’aide d’un jeu vidéo créé par EA Sports. Nous avons NHL 2014. Ils ont Cricket 2014… Au moins, j’ai pu comprendre le principe.

« Tomato soup », crie un des vendeurs qui arpentera le train tout le trajet durant. Mon nouvel ami Arzoo le hèle, en prend deux et m’en tend un. Le conseil de ne rien consommer dans le train vient de prendre le bord. À tout le moins, je sais que rien n’a été ajouté dans le petit contenant de soupe. Je crains surtout pour la salubrité. Mais ces jeunes Indiens sont remplis de bonnes intentions.

En cours de soirée, ils me montrent des extraits de films indiens, me font écouter un peu de musique et vont même jusqu’à préparer ma couchette avec les draps et tout. Et puis on finit par aller nous coucher. Pour l’espace, il ne faut pas être claustrophobe. Mais pour moi, c’était bien suffisant.

Ce qui devait arriver arriva. Pas certain que c’était une bonne idée de goûter cette soupe. Ce qui nous mène à un autre conseil très important : où que vous soyez en Inde, il faut absolument avoir son papier de toilette à proximité.

En matinée, alors que je ne m’en peux plus de sortir de ce train, dont le trajet doit compter environ 14 ou 15 heures, j’apprends que le brouillard typique de janvier entraîne des retards d’au moins quatre heures. Ouch! Moi qui comptais sur ma journée pour explorer un peu Varanasi, on repassera.

J’ai néanmoins appliqué à la lettre les conseils reçus et je n’ai pas remangé pendant le reste du trajet. Au moins, mes nouveaux amis m’ont diverti et nous avons réussi à rire malgré certains problèmes de communication.

Phrase utile pour faire rire les Indiens : baba ji ga tulu (orthographe aléatoire au son). Difficile de savoir ce que ça veut dire. Mais quand les choses ne vont pas comme on veut, quand quelqu’un refuse de donner un bon prix, apparemment que cette maxime est bien utile. Les gens se mettent à rire et peuvent baisser les prix. Dans le train, en tout cas, quand j’ai dit que c’étaient les seuls mots d’indien que je connaissais, tout le monde s’est mis à rire dans le compartiment.


Et il y a même un geste qui va avec. C’est encore plus marrant, paraît-il.