2 avril 2017

Des bénévoles se mobilisent pour le Pérou

Une fanfare encourageait les bénévoles devant le palais présidentiel de Lima

Sept heures du matin. Lima est encore très calme quand nous hélons un taxi pour aller vers Plaza de Armas. Les bouchons caractéristiques n'ont pas encore commencé à se former sur les routes. La vieille ville dort encore, si bien que même la plupart des restaurants sont encore fermés. Remarquez, c'est dimanche...

Devant le palais présidentiel, personne encore. Que quelques militaires qui montent la garde. Les bénévoles qui souhaitent donner un coup de main pour les sinistrés des inondations arriveront davantage vers 8 h, alors qu'on compte ouvrir les porte des clôtures vers 9 h.

Derrière ces dites clôtures, des militaires s'affairent déjà à installer le matériel avec lequel les bénévoles travailleront.

Nous avons donc amorcé une ronde du quartier pour trouver de quoi nous mettre sous la dent, une demi-heure, quarante-cinq minutes tout au plus. Assez pour qu'une trentaine de bénévoles se pointent et commencent une ligne sur le trottoir devant le palais présidentiel.

Pendant que nous attendons, une procession religieuse s'annonce au loin. Lente, elle avance vers Plaza de Armas sous une musique rituelle. Des camions d'armée se pointent à leur tour, obtiennent, eux le droit de passage vers le centre des activités d'aide aux sinistrés.
La file d'attente pour être bénévole, devant le palais présidentiel
Derrière nous, un homme nous raconte les inondations, comment il craint que l'aide organisée ne se rende jamais aux gens de la besoin. En route, dit-il, certains s'en mettent plein les poches. Tellement que dans certains cas, il faut laisser la liste des objets acheminés avec les paquets pour assurer un certain contrôle. Y'a pas à dire, dans cette file d'attente, on se méfie un peu de l'aide organisée.

Par groupes de dix, on nous laisse entrer, fouillant notre sac à dos au passage. Il suffit de s'inscrire grâce à un formulaire et d'aller à la rencontre d'un militaire qui nous assignera une tâche. Le sergent Alexander Hinojosa parle très bien l'anglais et nous dirige vers la table de tri pour le riz.

Première tâche : détacher des sacs de plastique d'un rouleau, pour ensuite les ouvrir un à un. Quand quelqu'un arrive avec une grosse poche de riz, on divise en plus petites portions. Deux tasses dans un premier sac de plastique. À relais, nous doublons les sacs pour évier que le riz se répande, et on fait un noeud. Quelqu'un d'autre vient les chercher pour les déposer sur une table de distribution.

Nous préparons les sacs avant de les remplir de riz
Il faut doubler tous les sacs de riz pour éviter qu'ils défoncent.
La table de distribution, c'est là qu'on rassemble tous les vivres redivisés en portion adéquate. Les militaires passent à côté avec un sac et, pour chaque denrée, un bénévole y dépose la denrée dont il est responsable. Une fois rempli, le sac est entreposé devant le palais présidentiel avant d'être chargé dans un camion. Chaque sac doit permettre à une famille de tenir environ deux jours.

Les militaires transportent les sacs qui doivent contenir la portion propre à une famille.
Les sacs remplis sont entassés devant le palais présidentiel


Au bout du compte, ce sont environ 400 tonnes de matériel qui auraient été amassées. On trouvait de l'eau, du riz, du quinoa, des biscuits secs, de l'huile, du papier de toilette, des légumineuses et du thon. Des vêtements avaient aussi été recueillis.

À notre table, les bénévoles péruviens s'amusent de notre présence en même temps qu'ils sont fiers de voir des touristes s'engager pour leur pays. Ils demandent à prendre des photos avec nous. Un homme raconte avoir fait acte de présence tous les jours pour venir en aide aux victimes des inondations. Sa femme venait là pour la première fois. S'ils ont de la famille dans le nord du Pérou, ils se rassuraient de savoir que leurs êtres chers n'avaient rien perdu. N'empêche, ils souhaitaient se rendre utiles.

Pendant que nous travaillions, la première dame, Nancy Lange, une Américaine originaire du Wisconsin, fait sa tournée pour remercier tous les citoyens présents. Elle prend le temps de s'entretenir avec eux.

En anglais, elle nous remercie de notre présence, nous raconte qu'elle n'aime pas être perçue comme la première dame. En apprenant que nous venons du Québec, elle confie y être déjà allé. Même qu'elle a rencontré Jean Béliveau, cet homme qui a fait le tour du monde à pied en poussant un chariot. Elle se rappelle l'avoir vu marcher, un drapeau canadien accroché à son convoi, et lui avoir demandé ce qu'il faisait. Le monde est petit.

En lien avec la distribution de vivres, Mme Lange explique qu'il manque parfois du riz, du sucre, des nouilles. L'objectif, dit-elle, est d'assurer à chaque famille la même quantité d'aliments pour éviter les disparités. Elle avoue aussi qu'elle pensait qu'il serait plus difficile de mobiliser la population pour organiser toutes ces denrées.



Alors que nous travaillions, des militaires musiciens se sont installés sur les marches du palais présidentiel. Ils ont alors entrepris de jouer des airs joyeux pour nous soutenir dans la tâche.

Après quelques heures à emballer du riz, nous avons été invités à visiter le palais présidentiel, nous les étrangers qui mettions la main à la pâte. Avec deux Français, nous avons pu admirer les grands lustres, la salle de réunion du président, le hall d'entrée avec les bustes des hommes importants dans l'histoire politique du Pérou, et une salle qui rappelle étrangement le palais de Versailles. C'est le grand luxe.

À l'intérieur du palais présidentiel
Dans les salles donnant sur la façade, notre guide a ouvert la porte pour nous permettre de jeter un oeil à l'ensemble du site où s'activaient les bénévoles. À un certain moment, juste avant de se retirer, la fanfare a entonné l'hymne national. Les militaires en fonction se sont retournés, se sont tenus bien droits et ont salué leurs collègues.

Les médias s'intéressent à la collecte de denrées
De retour dans la cour, nous avons vu les bénévoles se précipiter vers une table de distribution de nourriture. Le PFK local fournissait de la nourriture pour les bénévoles, à qui on remettait aussi une boisson gazeuse. Mais il n'y en avait pas pour tout le monde...

Pas d'inquiétudes, nous dit-on, alors qu'on s'empresse de trouver des espèces de croustilles au boeuf pour nous aider à tenir. D'autre nourriture viendra.

En attendant, des bouteilles d'eau sont aussi distribuées. Un militaire est par ailleurs chargé de distribuer de la crème solaire. Rien n'est laissé au hasard.

Une trentaine de minutes plus tard, des boîtes à lunch provenant d'un restaurant chinois situé dans le quartier sont livrées pour les bénévoles n'ayant pas encore mangé.

On nous avait dit que le jour de notre passage, le dimanche 26 mars, serait la dernière journée pour organiser les vivres. Vers 13 h, tout devait être emballé. Au moment de notre départ, vers 15 h, les dons continuaient à entrer, des bénévoles continuaient de s'affairer.







En rentrant, nous avons fait nos provisions de pilules Sarroche, dans une pharmacie locale, des pilules qui doivent nous permettre de combattre le mal d'altitude si jamais nous en sommes atteints. On nous recommande d'en prendre deux heures avant d'arriver en hauteur.

En début de soirée, nous nous sommes envolés pour La Paz, en Bolivie, où l'aéroport se trouve à 4000 mètres d'altitude. En sortant de l'avion, nous avons tout de suite senti les effets de la hauteur. Il fallait marcher lentement. Nous étions étourdis et essoufflés. L'altitude fait de drôles de choses...

Pour une courte vidéo de l'aide humanitaire, consultez ce billet de blogue.

Ce voyage est rendu possible grâce à la collaboration de Village Monde, de la Fondation Air Canada, du CECI et de LOJIQ.

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